{"id":2496,"date":"2003-01-14T11:11:00","date_gmt":"2003-01-14T09:11:00","guid":{"rendered":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/?p=2496"},"modified":"2003-01-14T11:11:00","modified_gmt":"2003-01-14T09:11:00","slug":"2496","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/2003\/01\/14\/2496\/","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"<p>Depuis 7 ans, <b>Fabrice Neaud <\/b>se raconte. Dans les pages de son journal, il se pose en narrateur ou se met en sc\u00e8ne pour transcrire des \u00e9v\u00e9nements de sa vie en bande dessin\u00e9e. Vaste projet qui, et malgr\u00e9 le fait que la distance entre l\u2019ex\u00e9cution et les \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s se creuse, est en train de prendre une ampleur rare. Avec ce quatri\u00e8me tome, l\u2019auteur livre un v\u00e9ritable chef d\u2019\u0153uvre dont les points d\u2019acc\u00e8s sont nombreux, qu\u2019ils soient th\u00e9oriques ou qu\u2019ils prennent comme base des interrogations plus g\u00e9n\u00e9rales sur l\u2019humain.<br \/>\n<br \/>Pour la premi\u00e8re fois depuis le d\u00e9but de son journal, <b>Fabrice Neaud <\/b>donne un titre \u00e0 un volume, en l\u2019occurrence ici, <i>Les Riches heures <\/i>comme pour montrer que les choses semblent avoir chang\u00e9es dans la vie du jeune homme. Si le volume d\u00e9bute par une sorte de ballade fantasm\u00e9e dans le pays basque, c\u2019est pour signifier une sorte d\u2019apaisement, un renouveau. Et en effet, on va le retrouver dans une situation qu\u2019il retranscrit d\u2019une fa\u00e7on plus sereine. Nouvel appartement, nouveaux amis, <b>Fabrice Neaud <\/b>ne change pas fondamentalement, mais se trouve dans une p\u00e9riode de sa vie qu\u2019il juge plus heureuse. Les pointes d\u2019humour, comme l\u2019hilarant voyage \u00e0 Bruxelles, se font plus fr\u00e9quentes, tout comme les sc\u00e8nes de d\u00e9tentes et de complicit\u00e9s (celles de la radio, par exemple). Mais la moelle, ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 du <i>Journal<\/i>, subsiste. <b>Neaud <\/b>traite des th\u00e8mes qui lui sont chers : la cr\u00e9ation, l\u2019art, la nature des relations humaines, le sexe, bref tout ce qui fait sa vie. De l\u00e0 \u00e0 dire que toute son existence est contenue dans ces pages il n\u2019y aurait qu\u2019un pas que nous ne franchirons pas. <b>Neaud <\/b>transcrit, il ne s\u2019en cache pas et travaille m\u00eame sur cet aspect de sa cr\u00e9ation. La ville o\u00f9 il habite n\u2019est jamais nomm\u00e9e et il explique pourquoi dans son livre. De plus la distance entre l\u2019acte de cr\u00e9ation et la date des \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s est telle qu\u2019un prisme temporel est \u00e0 m\u00eame d\u2019exercer une influence contre l\u2019avis de l\u2019auteur. Le <i>Journal<\/i> n\u2019est pas la vie de <b>Fabrice Neaud<\/b>, il repr\u00e9sente ce que <b>Fabrice Neaud <\/b>a \u00e0 dire sur sa vie. Ceci \u00e9tant pos\u00e9, on peut admirer la fa\u00e7on avec laquelle il met en sc\u00e8ne son existence. Alternant moments forts et faibles, \u00e9pisodes naturalistes (pour autant que l\u2019on puisse en juger) et passages fantasm\u00e9s, assertions th\u00e9oriques et tranches de rigolades, sa ma\u00eetrise narrative lui offre une souplesse et une force rarement \u00e9gal\u00e9e dans le genre. Les changements de style de dessins sont un exemple parfait de cette ad\u00e9quation entre forme et fond que <b>Neaud <\/b>semble avoir acquis et dont il use \u00e0 merveille. Certaines sc\u00e8nes, ou parfois simplement une seule case, sont dessin\u00e9s dans un style plus cartoony que le r\u00e9alisme habituel de l\u2019auteur comme pour souligner le ridicule d\u2019une situation ou illustrer un propos de mani\u00e8re m\u00e9taphorique.<br \/>\n<br \/>Outre ce changement de l\u2019outil de repr\u00e9sentation (le style de dessin, en bande dessin\u00e9e, semble rev\u00eatir une fonction plus imm\u00e9diate et concr\u00e8te que le \u00ab style \u00bb litt\u00e9raire), on note un foss\u00e9 assez net entre les passages clairement destin\u00e9s \u00e0 raconter les \u00e9v\u00e9nements de la vie de l\u2019auteur et ceux qui lui permettent de s\u2019exprimer plus largement sur d\u2019autres sujets. Il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer les deux types de sc\u00e8nes, mais on constate que <b>Neaud <\/b>ne se sert pas de son journal comme d\u2019une banale autobiographie. Il utilise l\u2019espace de ses pages pour \u00e9laborer un projet plus vaste et se questionne sur la validit\u00e9 de son entreprise et des moyens par lequel il l\u2019a met en \u0153uvre. <b>Fabrice Neaud <\/b>appara\u00eet alors s\u00fbr de son fait et de ses choix. Le contraste entre moments de r\u00e9flexions et sc\u00e8nes de la vie quotidienne est correctement \u00e9quilibr\u00e9 et d\u00e9montre le sens de la construction rythmique de l\u2019auteur. Il m\u00e9nage son lecteur en lui d\u00e9voilant ses r\u00e9flexions sur la fausse modestie, par exemple, puis en passant \u00e0 une anecdote plus terre \u00e0 terre (celle du voyage \u00e0 Bruxelles). Tout cela fait partie de la vie de <b>Fabrice Neaud <\/b>et c\u2019est ce rapprochement, cette mise en parall\u00e8le constante entre plusieurs strates de l\u2019existence de l\u2019auteur qui est passionnante. La diversit\u00e9 qui est celle d\u2019une vie est donc bien repr\u00e9sent\u00e9e. <b>Neaud <\/b>construit son \u0153uvre dans un mouvement mim\u00e9tique \u00e0 celui de sa vie et se faisant, se livre compl\u00e8tement. L\u2019absence du nom de la ville ou de certains noms propres, par exemple, ne sont que des leurres qui masquent la v\u00e9ritable ampleur du projet. Il ne s\u2019agit pas de dire tout sur sa vie, mais de dire tout comme si le livre \u00e9tait la vie, sujet et objet tendant \u00e0 se confondre telles deux lignes droites que l\u2019on croit parall\u00e8le, mais qui se toucheront \u00e0 l\u2019infini.<br \/>\n<br \/><b>Fabrice Neaud <\/b>se pose en narrateur, mais parfois aussi en acteur dans le r\u00e9cit qu\u2019il livre dans <i>Journal<\/i>. Mais c\u2019est par son \u0153il que l\u2019on assiste \u00e0 des r\u00e9flexions d\u2019acteurs de son livre. Ainsi de ce morceau de bravoure ou Denis (<b>Bajram<\/b>, auteur de <i>Universal War One<\/i>) explique en quoi les comics am\u00e9ricains, malgr\u00e9 la complexit\u00e9 de leurs univers, parviennent \u00e0 imposer des sch\u00e9mas abstraits que la bande dessin\u00e9e francophone, encore frileuse, n\u2019ose \u00e9voquer. On sait que, depuis, <b>Bajram <\/b>s\u2019est attaqu\u00e9 \u00e0 une certaine mythologie de l\u2019espace dans ses bandes dessin\u00e9es, et ce d\u00e9sir de bousculer les choses appara\u00eet, avec le recul, comme jubilatoire. On touche ici un autre aspect, de l\u2019\u0153uvre, plus anecdotique certainement, mais tout aussi porteur de plaisir de lecture.<br \/>\n<br \/>Car, apr\u00e8s tout, il s\u2019agit aussi de cela ; du plaisir que l\u2019on peut prendre \u00e0 lire ce qu\u2019un auteur livre sur sa vie. Et, \u00e0 suivre les \u00e9lans charg\u00e9s d\u2019\u00e9motions ou de r\u00e9flexions de <b>Neaud<\/b>, on en prend ind\u00e9niablement. Or du contexte qui pr\u00e9side \u00e0 sa cr\u00e9ation (l\u2019autobiographie), le <i>Journal <\/i>est une \u0153uvre d\u2019art qui existe plus en tant que telle que comme t\u00e9moignage ou repr\u00e9sentation de soi. Livre riche, prot\u00e9iforme, <i>Les Riches heures <\/i>est tout bonnement fascinant, tant par la ma\u00eetrise qui s\u2019en d\u00e9gage que par sa teneur.<br \/>\n<br \/>Sur un sujet apparemment moins vaste que d\u2019autres projets autobiographiques (pas de mention \u00e0 la politique, tout au moins en apparence), <b>Fabrice Neaud <\/b>r\u00e9ussit le tout de force de passionner son lecteur sans faire jouer un quelconque sentiment d\u2019identification ou tout autre effet jouant sur les sentiments imm\u00e9diats. Son \u0153uvre est forte et belle, et s\u2019impose comme un des plus beaux projets de bande dessin\u00e9e de la d\u00e9cennie.<br \/>\n<br \/>D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis 7 ans, Fabrice Neaud se raconte. Dans les pages de son journal, il se pose en narrateur ou se met en sc\u00e8ne pour transcrire des \u00e9v\u00e9nements de sa vie en bande dessin\u00e9e. 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