{"id":2562,"date":"2002-10-17T17:12:00","date_gmt":"2002-10-17T15:12:00","guid":{"rendered":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/?p=2562"},"modified":"2002-10-17T17:12:00","modified_gmt":"2002-10-17T15:12:00","slug":"2562","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/2002\/10\/17\/2562\/","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions Niffle continuent leur politique de r\u00e9\u00e9dition de grandes s\u00e9ries en noir et blanc et dans un format inhabituel. C\u2019est l\u2019occasion r\u00eav\u00e9e de poser un autre \u0153il sur <i>Spirou<\/i>, <i>Jeremiah <\/i>et maintenant <i>Blueberry <\/i>dont le premier volume contient les quatre albums initiaux de la s\u00e9rie. <\/p>\n<p>Au commencement, il y eu une rencontre ; celle de <b>Jean-Michel Charlier<\/b>, alors sc\u00e9nariste reconnu, avec <b>Jean Giraud<\/b>, jeune illustrateur envoy\u00e9 par son mentor <b>Joseph Gillain<\/b>, plus connu sous le nom de <b>Jij\u00e9<\/b>. Le dessinateur aime la science-fiction et le western, mais le sc\u00e9nariste lui r\u00e9torque que la SF ne l\u2019int\u00e9resse. Ce sera donc l\u2019ouest am\u00e9ricain qui sera le d\u00e9cor des aventures de Mike S. Blueberry. Pourtant, \u00ab \u00e0 l\u2019origine, le personnage principal de <i>Blueberry <\/i>devait \u00eatre Fort Navajo et non le lieutenant Blueberry lui-m\u00eame \u00bb explique <b>Giraud <\/b>dans son autobiographie <i>Histoire de mon double<\/i>. Mais c\u2019est v\u00e9ritablement le personnage au nez cass\u00e9 dont le visage (tout au moins au d\u00e9but) s\u2019inspire de celui de <b>Belmondo <\/b>qui va devenir le v\u00e9ritable (anti)h\u00e9ros de la s\u00e9rie.<br \/>\n<br \/>Depuis 1965 et la sortie du premier album <i>Fort Navajo<\/i>, le succ\u00e8s ne s\u2019est jamais d\u00e9menti. D\u00e9coup\u00e9e en plusieurs cycles, la s\u00e9rie s\u2019est, au fil du temps, peupl\u00e9e d\u2019une formidable galerie de personnages, d\u2019Angel Face \u00e0 Chihuahua Pearl, de Prosit Luckner \u00e0 Guffie Palmer. Commenc\u00e9e comme un feuilleton bas\u00e9 sur l\u2019action, <i>Blueberry <\/i>s\u2019est enrichi au fur et \u00e0 mesure des parutions. C\u2019est d\u2019abord le personnage titre qui s\u2019est complexifi\u00e9 et qui est pass\u00e9 de Lieutenant dans l\u2019arm\u00e9e \u00e0 rebelle \u00e0 la barbe de trois jours recherch\u00e9 par le pays entier et, plus surprenant encore, aux probl\u00e8mes amoureux insolubles. Ensuite, ce sont les protagonistes qui l\u2019entourent qui ont acquis aussi une \u00e9paisseur inhabituelle dans la bande dessin\u00e9e d\u2019aventure et qui ont fait passer la s\u00e9rie de bande tout public \u00e0 v\u00e9ritable \u0153uvre pour adulte (ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est m\u00eame accentu\u00e9 depuis la mort de <b>Charlier<\/b>). Les th\u00e8mes aussi sont devenus plus matures et les intrigues se sont complexifi\u00e9es. Bref, <i>Blueberry <\/i>a toujours \u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie en mouvement et ce malgr\u00e9 la biographie du personnage, d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite par <b>Charlier <\/b>et livr\u00e9e \u00e0 ses lecteurs en introduction du <i>Spectre au balles d\u2019or<\/i>. On sait donc d\u00e9j\u00e0 que Blueb\u2019 va mourir dans son lit pendant la prohibition. Pourtant, malgr\u00e9 ce qui pourrait passer pour une contrainte, le personnage semble avoir de multiples vies. En t\u00e9moignent les s\u00e9ries parall\u00e8les : <i>La jeunesse de Blueberry<\/i>, <i>Marshall Blueberry <\/i>et le projet avort\u00e9 qui devait \u00eatre dessin\u00e9 par <b>Boucq<\/b>, <i>Blueberry 1900<\/i>. La constellation Blueberry va m\u00eame s\u2019enrichir d\u2019un film de <b>Jan Kounen <\/b>d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 et dont la sortie est pr\u00e9vue courant 2003.<\/p>\n<p>La richesse de cet univers ne doit pas nous faire oublier qu\u2019au d\u00e9part, tout n\u2019est pas gagn\u00e9 d\u2019avance pour cette histoire qui se situe dans les paysages d\u00e9sertiques de l\u2019ouest am\u00e9ricain et dont l\u2019empathie avec les indiens est plut\u00f4t \u00e0 contre-courant (le temps du revirement symbolis\u00e9 par <i>Danse avec les loups <\/i>est encore loin). La s\u00e9rie n\u2019est pas encore tr\u00e8s originale et le trait de <b>Giraud <\/b>subit encore la forte influence de son a\u00een\u00e9 <b>Jij\u00e9<\/b>. C\u2019est d\u2019ailleurs lui qui r\u00e9alise la couverture du premier album. On chuchote m\u00eame qu\u2019il aurait \u0153uvr\u00e9 sur les pages 33 \u00e0 38 de <i>Tonnerre \u00e0 l\u2019ouest <\/i>et qu\u2019il aurait r\u00e9alis\u00e9 20 planches du <i>Cavalier perdu <\/i>durant une escapade de <b>Giraud<\/b>. La r\u00e9\u00e9dition que nous offre Niffle nous permet donc d\u2019appr\u00e9cier les d\u00e9buts et la formation de celui qui n\u2019est pas encore le g\u00e9nie que l\u2019on conna\u00eet. Le trait n\u2019est pas encore aussi fin et les d\u00e9cors moins beaux qu\u2019ils vont le devenir, mais on sent d\u00e9j\u00e0 une patte, une envie, un d\u00e9sir d\u2019aller toujours plus loin dans les d\u00e9cors, les personnages ou la mise en page de certaines situations. Le noir et blanc donne une plus grande importance au trait et permet d\u2019appr\u00e9cier diff\u00e9remment les quatre premiers albums.<br \/>\n<br \/>Le sc\u00e9nario de <b>Charlier<\/b>, avec le recul, surprend par son rythme et son efficacit\u00e9 (que j\u2019avais presque oubli\u00e9s \u00e0 force de lire tous les mois des dizaines d\u2019albums qui ne lui arrivent pas \u00e0 la cheville). On est encore loin de la complexit\u00e9 et de la nervosit\u00e9 de cycles ult\u00e9rieurs, mais la machine fonctionne d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bien. Tout ce qui va faire le succ\u00e8s de <i>Blueberry <\/i>est d\u00e9j\u00e0 en germe, y compris l\u2019humour qui est aussi pour une part du plaisir de lecture (et d\u2019ailleurs l\u2019absence d\u2019humour dans certains albums accentuera la tension d\u2019une fa\u00e7on terrible dans un superbe effet de style).<br \/>\n<br \/>A la relecture, les d\u00e9buts de <i>Blueberry <\/i>sont donc \u00e0 la fois classiques et \u00e9tonnants. On sent poindre le chef d\u2019\u0153uvre par certains petits d\u00e9tails (facile \u00e0 dire avec ce que l\u2019on sait maintenant) tout en restant dans un certain type de bande dessin\u00e9e des ann\u00e9es 60. Le plus r\u00e9jouissant reste tout de m\u00eame le reste de l\u2019\u00e9dition int\u00e9grale \u00e0 venir et surtout les nouveaux albums de <i>Blueberry <\/i>d\u2019un <b>Jean Giraud <\/b>qui a repris avec brio les destin\u00e9es de la s\u00e9rie \u00e0 la mort de <b>Charlier<\/b>.<br \/>\n<\/p>\n<blockquote><p>La vie de Blueberry ne peut plus \u00eatre con\u00e7ue comme une continuit\u00e9. On doit pouvoir arriver \u00e0 une vision plus globale : sa naissance, son enfance, sa jeunesse, son \u00e2ge adulte, sa vieillesse et sa mort. On doit m\u00eame pouvoir envisager, \u00e0 travers son fils, de se projeter dans le futur.<\/p><\/blockquote>\n<p><b>Jean Giraud <\/b>in <i>Histoire de mon double <\/i>p :137-138<br \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions Niffle continuent leur politique de r\u00e9\u00e9dition de grandes s\u00e9ries en noir et blanc et dans un format inhabituel. C\u2019est l\u2019occasion r\u00eav\u00e9e de poser un autre \u0153il sur Spirou, Jeremiah et maintenant Blueberry dont le premier volume contient les quatre albums initiaux de la s\u00e9rie. Au commencement, il y eu une rencontre ; celle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2562","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","odd"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2562","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2562"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2562\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2562"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2562"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2562"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}