{"id":3331,"date":"2015-02-23T16:06:47","date_gmt":"2015-02-23T14:06:47","guid":{"rendered":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/?p=3331"},"modified":"2015-02-23T16:07:19","modified_gmt":"2015-02-23T14:07:19","slug":"carte-verte","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/2015\/02\/23\/carte-verte\/","title":{"rendered":"Carte Verte."},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/media.biblys.fr\/book\/26\/48026.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p><em>Le Ch\u00e2teau des millions d&#8217;ann\u00e9es<\/em> de St\u00e9phane Przybylski est un livre \u00e9trange. Thriller historique m\u00ealant nazis de l&#8217;Ahnenerbe et extraterrestres, le roman s&#8217;appuie sur une connaissance visiblement sans faille (je ne risque pas de trouver des erreurs, en tout cas) et tr\u00e8s document\u00e9e de son auteur sur la p\u00e9riode de la mont\u00e9e du nazisme et l&#8217;occultisme des SS. Premier probl\u00e8me: sur ce canevas ultra rebattu, on ne trouve pas la queue d&#8217;une id\u00e9e originale. Tout cela est bien travaill\u00e9 et pr\u00e9cis, l&#8217;auteur nous assaille de d\u00e9tails historiques int\u00e9ressants, mais l\u00e0 o\u00f9, par exemple, Tim Powers dans son ultra-chiant <em>Les Puissances de l&#8217;invincible<\/em>, partait d&#8217;une id\u00e9e super forte, Przybylski d\u00e9roule une intrigue \u00e0 peine prenante sur une th\u00e9matique qui ne fait m\u00eame pas lever un sourcil d&#8217;int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nPasserait encore si la structure narrative du roman ne se perdait en flashbacks et flash-forwards dont on ne voit pas l&#8217;utilit\u00e9 et qui compliquent inutilement la narration. Le tout servi par un style auquel je suis, personnellement, allergique, celui d&#8217;un auteur qui \u00e9crit comme il croit que les romans doivent \u00eatre \u00e9crits (et je ne me remets pas du &#8220;je reprenis&#8221; de la page 258).<br \/>\nPour \u00eatre honn\u00eate, malgr\u00e9 toutes ces r\u00e9serves, le roman n&#8217;est pas nul, et est m\u00eame travers\u00e9 de sc\u00e8nes assez fortes (notamment celles mettant en sc\u00e8ne l&#8217;ascension du h\u00e9ros au sein du parti nazi et ses rencontres avec les grands pontes du r\u00e9gime), mais l&#8217;ensemble manque cruellement de ce qui fait la force de ce genre : des id\u00e9es d\u00e9mentes.<br \/>\nAttendons quand m\u00eame ce que nous r\u00e9serve la suite, puisque <em>Le Ch\u00e2teau<\/em> se pr\u00e9sente comme le premier volume d&#8217;une t\u00e9tralogie et qu&#8217;il donne, en effet, l&#8217;impression de n&#8217;\u00eatre qu&#8217;une introduction (oui, je sais, une longue introduction). <\/p>\n<p>Pour confirmer qu&#8217;ils sont vraiment des cons, les votants aux Oscars ont donc \u00e9lu <em>Birdman <\/em>meilleur film, et pas <em>Boyhood<\/em>.<br \/>\nLe film de l&#8217;ann\u00e9e, pour les amerloques, est donc ce un long-m\u00e9trage creux, qui p\u00e8te plus haut que son cul avec un dispositif inutile (ces plans s\u00e9quences, c&#8217;est pour quoi ? Pour singer le th\u00e9\u00e2tre?), ses r\u00e9f\u00e9rences dont il est loin (si Carver voyait \u00e7a), ses monologues artificiels, et, au final, son &#8220;ambition&#8221; th\u00e9matique qui noie le peu de propos dans un bazar indigeste qui n&#8217;\u00e9voque qu&#8217;une chose: le vide. Car de quoi parle Birdman au final ? Du cin\u00e9ma ? Du th\u00e9\u00e2tre ? De la vie ? D&#8217;Hollywood ? Des p\u00e8res et des filles ? Des acteurs ? Oui, sans doute un peu de tout \u00e7a. Mais on ne sait jamais vraiment, parce qu&#8217;\u00e0 vouloir parler de tout, le film ne parle de rien v\u00e9ritablement. On effleure des choses, on entrevoit des id\u00e9es int\u00e9ressantes, on a plusieurs fois l&#8217;impression de revoir la m\u00eame sc\u00e8ne et on finit par se rappeler combien <em>Boyhood <\/em>avec son dispositif qui \u00e9tait la mati\u00e8re m\u00eame du film (le temps qui passe), et avec une simplicit\u00e9 incroyable est parvenu \u00e0 nous \u00e9mouvoir, ce que Birdman ne parvient jamais \u00e0 faire un centi\u00e8me de secondes.<br \/>\nBoyhood et son c\u00f4t\u00e9 proustien, ses th\u00e9matiques quotidiennes, son regard bienveillant sur les personnages (tous les personnages, m\u00eame les ordures), son id\u00e9e principale affolante et la fa\u00e7on dont elle est g\u00e9r\u00e9e, montre que l&#8217;on peut aboutir \u00e0 un r\u00e9sultat impressionnant sans avoir recours \u00e0 l&#8217;esbrouffe. Ne jamais noyer l&#8217;\u00e9motion pure (ou son absence) sous des trompe-l\u2019\u0153il ou des mises en abymes bidons, mais privil\u00e9gier la mati\u00e8re humaine, telle qu&#8217;elle est. Et m\u00eame sur des aspects plus marginaux que Birdman essaie tant bien que mal de traiter (les acteurs, par exemple), Boyhood, avec ses airs de pas y toucher, est bien sup\u00e9rieur. Il suffit de regarder l&#8217;\u00e9volution du jeu d&#8217;Ethan Hawke, du d\u00e9but \u00e0 la fin du film.<br \/>\nSi j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 Linklater hier soir, moi aussi je me serais demand\u00e9 qui avait donn\u00e9 une carte verte \u00e0 ce putain de Mexicain&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Ch\u00e2teau des millions d&#8217;ann\u00e9es de St\u00e9phane Przybylski est un livre \u00e9trange. 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