{"id":3554,"date":"2015-11-16T10:39:10","date_gmt":"2015-11-16T08:39:10","guid":{"rendered":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/?p=3554"},"modified":"2016-01-09T15:54:28","modified_gmt":"2016-01-09T13:54:28","slug":"genese-lautre-herbier-damandine-et-nicolas-labarre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/2015\/11\/16\/genese-lautre-herbier-damandine-et-nicolas-labarre\/","title":{"rendered":"Gen\u00e8se: L&#8217;autre Herbier d&#8217;Amandine et Nicolas Labarre"},"content":{"rendered":"<p><em>L&#8217;autre Herbier <\/em>est un livre illustr\u00e9 pour adolescents dont <strong>Nicolas Labarre<\/strong>, l&#8217;auteur du texte, nous d\u00e9taille les contraintes de la cr\u00e9ation. Une belle r\u00e9flexion sur le travail d&#8217;\u00e9criture, le genre et le jeu avec les clich\u00e9s. Rien d&#8217;\u00e9tonnant pour qui connait le travail universitaire, \u00e0 la fois pointu et passionnant, de Nicolas (qui <a href=\"http:\/\/agrandstraits.blogspot.fr\/\">dessine <\/a>aussi). <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.moutons-electriques.fr\/images\/ouvrages\/360.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p><strong>Nicolas Labarre<\/strong>:<\/p>\n<p><em>L\u2019autre herbier<\/em> est un projet de livre \u00e0 contraintes : contraintes de forme, de longueur, de genre, de lectorat, jusque dans les d\u00e9tails du r\u00e9cit. Le projet des Moutons Electriques \u00e9tait de faire un livre illustr\u00e9 pour jeunes adultes, qui mettrait en valeur les dessins d\u2019Amandine, ma s\u0153ur. Nous avions d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 ensemble trois petits livres pour enfants et une bande dessin\u00e9e, plus une multitude de projets avort\u00e9s ou qui n\u2019\u00e9taient pas destin\u00e9s \u00e0 la publication. Elle a donc propos\u00e9 que j\u2019\u00e9crive le texte de celui-ci. Quand je suis arriv\u00e9, le projet n\u2019existait pas, au sens o\u00f9 rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9 ou \u00e9crit, mais il avait d\u00e9j\u00e0 une forme bien d\u00e9finie, dans laquelle j\u2019avais pour mission de me couler, m\u00eame si \u00e9videmment, tous ces param\u00e8tres ont depuis chang\u00e9 les uns apr\u00e8s les autres.<br \/>\nDans cette commande, le param\u00e8tre que je comprenais mal \u00e9tait la notion de roman \u00ab young adult \u00bb. Aux Etats-Unis, je voyais bien \u00e0 quelle cat\u00e9gorie \u00e9ditoriale cela correspondait \u2013 <em>Little Brother<\/em> (<strong>Doctorow<\/strong>), <em>Twilight<\/em> et <em>Hunger Games<\/em> en gros \u2013 mais en France, je n\u2019\u00e9tais pas s\u00fbr qu\u2019il y ait des \u00e9quivalents directs. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 un peu de temps \u00e0 suivre les conseils de biblioth\u00e9caires et \u00e0 fouiller dans les librairies, je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 comprendre \u00ab jeune adulte \u00bb comme un synonyme de \u00ab grand enfant \u00bb : un lecteur intelligent, pas forc\u00e9ment rompu aux codes g\u00e9n\u00e9riques, \u00e0 qui on offre un r\u00e9cit un peu initiatique et des personnages permettant un peu d\u2019identification. Je pensais \u00e0 des pages de <strong>Joan Sfar<\/strong> dans ses Carnets, qui \u00e9crit beaucoup sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019en refusant toute condescendance face \u00e0 un lecteur enfant, on peut aussi parler \u00e0 des adolescents et des adultes.<br \/>\nL\u2019\u00e9criture proprement dite a commenc\u00e9 par un \u00e9change avec Amandine pour savoir ce qu\u2019elle avait envie de dessiner. Si talentueuse qu\u2019elle soit, elle ne tient pas \u00e0 s\u2019aventurer du c\u00f4t\u00e9 des environnements urbains par exemple. Comme sur toutes nos collaborations pr\u00e9c\u00e9dentes, nous sommes partis d\u2019images cl\u00e9 autour desquelles structurer le r\u00e9cit. La premi\u00e8re liste \u00e9labor\u00e9e en commun ressemblait \u00e0 ceci :<\/p>\n<p>\u2022\tUn petit jardin au c\u0153ur de la for\u00eat cultiv\u00e9 avec amour par l&#8217;h\u00e9ro\u00efne<br \/>\n\u2022\tAvec des plantes un peu \u00e9tranges qui apparaissent<br \/>\n\u2022\tUne faune\/des cr\u00e9atures discr\u00e8tes qu&#8217;on pourrait r\u00e9pertorier \u00e0 la fin de l&#8217;ouvrage<br \/>\n\u2022\tUn bord de rivi\u00e8re (plus joli qu&#8217;un \u00e9tang)<br \/>\n\u2022\tD\u00e9guisement\/masque<br \/>\n\u2022\tguide d&#8217;identification des papillons<br \/>\n\u2022\tchim\u00e8res<br \/>\n\u2022\tun objet portail\/mode d&#8217;acc\u00e8s<br \/>\n\u2022\tdes statues dans un \u00e9tang, visibles \u00e0 certaines heures seulement<br \/>\n\u2022\tdes r\u00e9p\u00e9titions d&#8217;un spectacle enfantin qui se transforment en r\u00e9p\u00e9tition d&#8217;un mot &#8220;magique&#8221;<br \/>\n\u2022\tun domaine familial ancestral, mais fragment\u00e9, d\u00e9coup\u00e9. Tout porte le nom de l&#8217;h\u00e9ro\u00efne, mais elle n&#8217;est jamais venue<br \/>\nTout ne se trouve pas dans la version finale, et le \u00ab guide d&#8217;identification des papillons \u00bb s\u2019est notamment d\u00e9doubl\u00e9 pour devenir une flore d\u2019une part et l\u2019herbier qui donne son nom au livre de l\u2019autre. Le roman s\u2019est malgr\u00e9 tout construit autour de cette liste, et d\u2019autres \u00e9changes similaires. Il fallait trouver comment organiser tout cela, tresser les \u00e9l\u00e9ments en connaissant d\u2019embl\u00e9e les d\u00e9tails qui allaient structurer des sc\u00e8nes ult\u00e9rieures. Le spectacle enfantin est devenu le d\u00e9clencheur qui fait de la rivi\u00e8re une sorte de portail, par exemple.<br \/>\nLa d\u00e9pendance du texte aux images a pris un tour encore plus direct  quand Amandine a produit une illustration pleine page d\u2019un des passages du r\u00e9cit, \u00e0 titre de d\u00e9monstration, alors que le roman \u00e9tait entre la phase de synopsis et celle de l\u2019\u00e9criture proprement dite. Un des d\u00e9buts de chapitres est directement bas\u00e9 sur cette illustration, \u00e0 laquelle le r\u00e9cit se raccroche \u00e0 la fois pour la construction du monde et pour les interactions sugg\u00e9r\u00e9es.<br \/>\nToutes ces contraintes \u00e9tant pos\u00e9es, il fallait malgr\u00e9 tout construire une histoire. Je ne suis pas un grand amateur de mondes fantastiques complets, dans lesquels on devine l\u2019existence d\u2019un bestiaire, de cartes, de r\u00e8gles bien \u00e9tablies, de codex. D\u2019ailleurs, ce r\u00e9cit-l\u00e0 est plein de cartes inexactes, d\u2019erreurs de rep\u00e9rages, de lieux qui se superposent et qui ne devraient pas pouvoir coexister. Je crois \u00e0 la coh\u00e9rence de l\u2019univers fictionnel bien s\u00fbr, mais en tant que lecteur, je suis pr\u00eat \u00e0 faire l\u2019effort d\u2019y adh\u00e9rer avec une grande tol\u00e9rance, pour peu que le r\u00e9cit ne me mette pas sous les yeux des probl\u00e8mes de logique interne trop \u00e9vidents. Mon lecteur id\u00e9al allait faire de m\u00eame. Partant de l\u00e0, il \u00e9tait possible de tirer les choses vers le monumental sans trop de scrupule, en faisant en sorte que l\u2019effet de merveilleux repose largement sur des changements d\u2019\u00e9chelle \u00e9vacuant les probl\u00e8mes de gravit\u00e9 ou d\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, sur la d\u00e9couverte de l\u2019immensit\u00e9 proprement merveilleuse. De fa\u00e7on assez classique, la structure du r\u00e9cit allait \u00eatre celle d\u2019un voyage et d\u2019un retour difficile, et je voulais que ce trajet, plus que ses p\u00e9rip\u00e9ties, retienne l\u2019attention.<br \/>\nJe n\u2019\u00e9tais pas certain initialement de savoir \u00e0 quoi devaient ressembler ces p\u00e9rip\u00e9ties. Il y aurait de l\u2019aventure, des \u00e9preuves, mais je voulais m\u2019assurer de ne pas plaquer des structures un peu artificielles. Le point de rep\u00e8re en la mati\u00e8re venait d\u2019un article du New Stateman paru \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2013, intitul\u00e9 \u00ab I hate Strong Female Characters \u00bb dans lequel <strong>Sophia McDougall<\/strong> expliquait sa d\u00e9couverte du nouveau st\u00e9r\u00e9otype du personnage f\u00e9minin ultra-comp\u00e9tent et capable de violence :<br \/>\n<em>I remember watching <em>Shrek <\/em>with my mother.<br \/>\n\u201cThe Princess knew kung-fu! That was nice,\u201d I said. And yet I had a vague sense of unease, a sense that I was saying it because it was what I was supposed to say.<br \/>\nShe rolled her eyes. \u201cAll the princesses know kung-fu now.\u201d (<a href=\"http:\/\/www.newstatesman.com\/culture\/2013\/08\/i-hate-strong-female-characters\">lien<\/a>)<\/em><br \/>\nA chaque nouvelle p\u00e9rip\u00e9tie du r\u00e9cit, je me r\u00e9p\u00e9tais simplement que ma princesse ne conna\u00eetrait pas le kung fu. Je voulais qu\u2019elle soit un peu maladroite, un peu perdue, mais qu\u2019elle affronte les difficult\u00e9s en parlant, en observant, en comprenant et parfois aussi, en bonne h\u00e9ro\u00efne, en refusant simplement de se laisser d\u00e9courager. Ma fille a\u00een\u00e9e, qui avait sept ans et qui en a neuf, \u00e9tait ma lectrice id\u00e9ale et le mod\u00e8le de l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Je voulais \u00eatre certain qu\u2019elle puisse se reconna\u00eetre. A son tour, ce choix a fait \u00e9voluer l\u2019histoire, en d\u00e9bouchant sur la cr\u00e9ation d\u2019un compagnon semi-permanent pour Valentine, l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Il fallait qu\u2019elle puisse parler, se confier, compter sur du soutien et en apporter \u00e0 son tour.<br \/>\nR\u00e9trospectivement, tous les choix d\u2019organisation du roman ne sont pas parfaits. En lisant les remarques de la romanci\u00e8re <strong>Sally Nicholls<\/strong> sur la mauvaise habitude qu\u2019ont les auteurs pour enfants de se d\u00e9barrasser des parents dans le premier acte, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 quel point j\u2019avais repris un clich\u00e9 (le <a href=\"http:\/\/www.theguardian.com\/childrens-books-site\/2015\/sep\/01\/sally-nicholls-childrens-lit-kill-the-parents\">lien<\/a>). Je ne suis pas certain que je serais parvenu \u00e0 faire exister plus de personnages humains dans le cadre choisi, mais il \u00e9tait sans doute possible de les faire exister un peu plus, de les caricaturer un peu moins. Et puis, il aurait peut-\u00eatre fallu au fil de l\u2019histoire un tout petit peu plus de kung fu, malgr\u00e9 tout, un peu plus de rebondissements \u00e0 la place de certains moments contemplatifs dans le dernier acte. Malgr\u00e9 tout, je crois que le voyage fonctionne. Je n\u2019ai pas choisi la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Miyazaki qui figure en quatri\u00e8me de couverture, mais s\u2019il peut \u00e9voquer, ne serait-ce que furtivement, la grande h\u00e9ro\u00efne de <em>Mon voisin Totoro<\/em>, les cr\u00e9atures du <em>Voyage de Chihiro<\/em> et la for\u00eat de <em>Princesse Mononoke<\/em>, ce livre a toute sa raison d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p><em>L&#8217;Autre Herbier <\/em>sur le site de son \u00e9diteur, <a href=\"http:\/\/www.moutons-electriques.fr\/livre-360\">les Moutons \u00e9lectriques<\/a>.<\/p>\n<p><em>Dans Gen\u00e8se, un \u00e9crivain revient sur la cr\u00e9ation de son dernier livre. Auteurs, \u00e9diteurs, pour participer, vous pouvez me contacter: laurent@laurentqueyssi.fr<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;autre Herbier est un livre illustr\u00e9 pour adolescents dont Nicolas Labarre, l&#8217;auteur du texte, nous d\u00e9taille les contraintes de la cr\u00e9ation. 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