{"id":3626,"date":"2016-01-12T14:52:08","date_gmt":"2016-01-12T12:52:08","guid":{"rendered":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/?p=3626"},"modified":"2016-01-18T14:44:51","modified_gmt":"2016-01-18T12:44:51","slug":"genese-kallocaine-de-karin-boye-par-son-traducteur-leo-dhayer","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/laurentqueyssi.fr\/site\/2016\/01\/12\/genese-kallocaine-de-karin-boye-par-son-traducteur-leo-dhayer\/","title":{"rendered":"Gen\u00e8se: Kalloca\u00efne de Karin Boye (par son traducteur, Leo Dhayer)."},"content":{"rendered":"<p><em>Kalloca\u00efne <\/em>est un roman de la su\u00e9doise <strong>Karin Boye <\/strong>publi\u00e9 en 1940. Ce classique de la dystopie b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une nouvelle traduction bien plus fid\u00e8le que la pr\u00e9c\u00e9dente de 1947 et devient enfin accessible dans une version digne de son statut. Red\u00e9couverte d&#8217;un chef d&#8217;oeuvre avec le traducteur <strong>Leo Dhayer<\/strong> qui, plus qu&#8217;une Gen\u00e8se, nous livre un pan d&#8217;histoire. <\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.moutons-electriques.fr\/images\/ouvrages\/357.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p><strong>Leo Dhayer<\/strong>:<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 Bordeaux que j&#8217;ai d\u00e9couvert ce livre, cela ne fait pas l\u2019ombre d\u2019un doute. Pour qui, comme moi, n\u2019a pas la m\u00e9moire des dates, il est d\u00e9j\u00e0 plus d\u00e9licat de fixer l\u2019ann\u00e9e. D\u00e9but des ann\u00e9es 80 ? Quelque chose comme \u00e7a. \u00c0 l\u2019\u00e9poque apprenti dans un petit village du Lot-et-Garonne, je passais tout le temps que me laissait la pratique de la charpente \u00e0 assouvir ma passion naissante pour la science-fiction. J\u2019y avais mis les pieds en franchissant le portail <em>Utopies 75<\/em>. Des quatre nouvelles d\u2019exception rassembl\u00e9es dans ce recueil, celle de <strong>Michel Jeury <\/strong>\u2013 \u00ab La F\u00eate du changement \u00bb \u2013 m\u2019avait fait la plus forte impression.<br \/>\nAyant appris je ne sais comment qu\u2019il r\u00e9sidait \u00e0 Issigeac, en Dordogne, \u00e0 quelques encablures de mon Frespech d\u2019adoption, il m\u2019avait sembl\u00e9 naturel d\u2019adresser une bafouille au grand homme par le biais des \u00e9ditions Robert Laffont. Sa r\u00e9ponse fut rapide, encourageante et m\u00eame fraternelle. L\u2019invitation \u00e0 venir lui rendre visite ne se fit pas attendre non plus. Pour qui a connu Michel, cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant. Je fis donc le voyage d\u2019Issigeac en v\u00e9lo. Sa maison, dans le vieux village, ne payait pas de mine et il y tirait plus souvent qu\u2019\u00e0 son tour le diable (souriant) par la queue en compagnie de ses vieux parents \u2013 adorables eux aussi. Leur porte \u00e9tait toujours ouverte, l\u2019accueil chaleureux, et le partage du g\u00eete, du couvert, des livres et de l\u2019amiti\u00e9 garantis. Michel \u00e9tait un passeur. C\u2019est lui qui me permit de faire mes premiers pas d\u2019apprenti-\u00e9crivain en discernant ce qu\u2019il y avait \u00e0 sauver dans le galimatias que je prenais pour mon premier effort litt\u00e9raire et en m\u2019apprenant le b-a-ba du m\u00e9tier \u2013 feuillets dactylographi\u00e9s de 25 lignes de 60 signes recto seul.<br \/>\nNe croyez pas que je m\u2019\u00e9gare. Mon but, ici, n\u2019est ni de vous raconter ma vie ni de vous assommer avec mes souvenirs d\u2019ancien combattant. Je ne cherche qu\u2019\u00e0 resituer un contexte, esquisser une ambiance, planter un d\u00e9cor, car ils ont tout \u00e0 voir avec ma d\u00e9couverte de <em>Kalloca\u00efne <\/em>et expliquent en partie pourquoi ce roman me fit si forte impression, et en quoi ce texte et son auteur n\u2019ont jamais cess\u00e9 de me fasciner depuis. C\u2019\u00e9tait une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019utopie n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 disqualifi\u00e9e par la loi d\u2019airain du lib\u00e9ralisme ultra, une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait encore possible de proclamer sans rire \u00ab Nous nous battrons avec nos r\u00eaves ! \u00bb, une \u00e9poque o\u00f9 la science-fiction \u00e0 la fran\u00e7aise \u00e0 coloration politique n\u2019avait pas encore acquis sa r\u00e9putation de vieille chose ridicule, mal foutue et illisible. C\u2019\u00e9tait la grande \u00e9poque, \u00e9galement, du fandom et de la fan\u00e9dition.<br \/>\nPar l\u2019entremise de <strong>Michel Jeury<\/strong> \u2013 toujours lui \u2013, <strong>Francis Val\u00e9ry<\/strong> et moi nous \u00e9tions connus et avions rapidement sympathis\u00e9. Je squattais souvent chez lui, dans son arri\u00e8re-cuisine, entre une Gestetner noire d\u2019encre, cinq ramettes de papier, trois piles de vieux livres et deux cartons de frusques. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il concoctait, en tapant comme un sourd et \u00e0 la vitesse de l\u2019\u00e9clair sur le clavier d\u2019une minuscule Japy, avec une s\u00fbret\u00e9 dactylographique (presque) infaillible, les stencils de ses fanzines aux titres fleurant bon le surr\u00e9alisme : <em>Mal d\u2019aurore<\/em>, <em>Noyau de Nuit<\/em> et surtout, <em>Ailleurs &#038; Autres<\/em>, la pierre angulaire de son empire \u00e9ditorial. Je lui filais un coup de main, en compagnie d\u2019autres individus peu recommandables qui hantaient les lieux \u2013 <strong>Andr\u00e9-Fran\u00e7ois Ruaud<\/strong>, <strong>Pierre-Paul Durastanti<\/strong>, <strong>Jean-Daniel Br\u00e8que<\/strong>, <strong>Patrick Marcel<\/strong> (pardon \u00e0 ceux que j\u2019oublie) \u2013 qui sont depuis rest\u00e9s mes amis.<br \/>\nTout ce beau monde discutait ferme de tout et de rien mais le plus souvent de livres, de livres, et encore de livres, avec une pr\u00e9dilection pour le bizarre, l\u2019ancien, le rare, le truc improbable qui ne trouve \u00e0 se caser nulle part. Ma fixette sur l\u2019utopie m\u2019avait tout naturellement conduit \u00e0 sugg\u00e9rer \u00e0 Francis la r\u00e9alisation d\u2019un gros num\u00e9ro pompeusement baptis\u00e9 <em>Futopia 01<\/em> (rassurez-vous, il n\u2019y eut jamais de 02), o\u00f9 je me proposais modestement de jeter les bases de l\u2019utopie moderne \u2013 la jeunesse ne doute de rien, c\u2019est connu. Dans ce cadre, notre obscur travail de fourmis papivores consistait entre autres \u00e0 compiler les listes bibliographiques de publications oubli\u00e9es, \u00e0 les compl\u00e9ter si possible, \u00e0 en rectifier les erreurs si n\u00e9cessaire, et \u00e0 en ajouter de nouvelles en toute bonne foi, avec la satisfaction du devoir accompli.<br \/>\n<strong>Pierre Versins<\/strong> \u00e9tait notre proph\u00e8te et son <em>Encyclop\u00e9die de l\u2019Utopie, des Voyages Extraordinaires et de la Science-Fiction<\/em> nous servait de bible. Parmi les ouvrages plus ou moins introuvables qu\u2019il y recensait, un titre m\u2019avait accroch\u00e9 l\u2019\u0153il et titill\u00e9 l\u2019imagination : La <em>Kalloca\u00efne<\/em>. Ce roman, \u00e0 classer au rayon des contre-utopies (la dystopie n\u2019ayant pas encore \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e), avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1940 par une Su\u00e9doise, une certaine <strong>Karin Boye<\/strong> (encore plus myst\u00e9rieuse que son livre), avant d\u2019\u00eatre \u00e9dit\u00e9 en 1947 en France par les \u00e9ditions Fortuny (tout aussi obscures que l\u2019\u0153uvre et l\u2019auteur). Depuis, il \u00e9tait devenu plus difficile \u00e0 d\u00e9nicher que le Saint-Graal, ce qui ajoutait une touche de myst\u00e8re affriolant \u00e0 l\u2019excellente r\u00e9putation dont il jouissait. Francis, qui l\u2019avait inscrit sur ses listes de recherche depuis des lustres, avait presque renonc\u00e9 \u00e0 le trouver. Il n\u2019avait pas tort, car c\u2019est moi, sans m\u00eame l\u2019avoir cherch\u00e9, qui finit un jour par le d\u00e9gotter \u00e0 son nez \u00e0 sa barbe, \u00e0 l\u2019\u00e9tal d\u2019un bouquiniste qu\u2019il venait pourtant de ratisser quelques instants plus t\u00f4t.<br \/>\nJe pus donc enfin assouvir ma curiosit\u00e9 et l\u2019\u00e9blouissement fut imm\u00e9diat. En achevant ma lecture, il ne fit plus aucun doute pour moi que j\u2019avais entre les mains une \u0153uvre aussi importante et significative pour le courant contre-utopique de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle que <em>Nous autres<\/em> de <strong>Zamiatine<\/strong>, <em>Le meilleur des mondes<\/em> d\u2019<strong>Huxley<\/strong> et <em>1984 <\/em>d\u2019<strong>Orwell<\/strong>. L\u2019oubli dans lequel elle croupissait depuis des d\u00e9cennies n\u2019en devenait que plus incompr\u00e9hensible \u2013 et plus injuste. La personnalit\u00e9 de <strong>Karin Boye<\/strong>, pr\u00e9sent\u00e9e en pr\u00e9face de l\u2019\u00e9dition Fortuny comme une sorte d\u2019h\u00e9ro\u00efne tragique r\u00e9duite au suicide par l\u2019iniquit\u00e9 du monde, ne manqua pas de m\u2019intriguer aussi. S\u2019ensuivirent de longues recherches en biblioth\u00e8que \u2013 en ce temps-l\u00e0, naturellement, ni PC ni Internet pour assouvir en quelques clics sa soif de connaissance \u2013 afin de tenter d\u2019en apprendre davantage \u00e0 son sujet. Juste de quoi glaner de maigres infos disparates et contradictoires, quelques rares traductions de po\u00e8mes, et beaucoup de doutes et d\u2019interrogations. <strong>Karin Boye<\/strong> \u00e9tait \u2013 et demeure \u2013 une quasi-inconnue chez nous, m\u00eame si elle reste chez elle une figure tut\u00e9laire des lettres modernes.<br \/>\nFrancis, qui partageait mon enthousiasme, con\u00e7ut d\u00e8s cette \u00e9poque le projet de r\u00e9\u00e9diter ce texte essentiel. Il ne put le r\u00e9aliser que quelques ann\u00e9es plus tard, en 1988, quand parut chez Or\u00e9a \u00e0 Bordeaux, sous le titre <em>Kalloca\u00efne<\/em>, une r\u00e9\u00e9dition de la traduction de 1947 (bien que les traductrices n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9dit\u00e9es dans l\u2019ouvrage). Les \u00e9ditions Ombres \u00e0 Toulouse, qui avaient eu la m\u00eame id\u00e9e la m\u00eame ann\u00e9e, (mais qui semblaient quant \u00e0 elles plus s\u00fbres de leur bon droit), se firent mena\u00e7antes et Or\u00e9a pr\u00e9f\u00e9ra retirer son \u00e9dition. Pendant quelque temps, l\u2019ultime roman de <strong>Karin Boye <\/strong>redevint donc disponible en France, mais avec une audience toujours aussi confidentielle.<br \/>\nEntretemps, ma vie compliqu\u00e9e m\u2019avait emmen\u00e9 vers d\u2019autres rivages, d\u2019autres amis, d\u2019autres m\u00e9tiers. Pourtant, j\u2019eus toujours dans un coin de ma t\u00eate l\u2019id\u00e9e qu\u2019il fallait faire quelque chose pour Karin et son chef-d\u2019\u0153uvre m\u00e9connu. Quoi de plus insupportable, pour un amateur de vieux livres oubli\u00e9s, que ce n\u00e9ant dans lequel croupissent injustement certaines \u0153uvres qui ne le m\u00e9ritent pas, alors que tant d\u2019autres drouilles restent \u00e9ternellement disponibles ? Je commen\u00e7ai par me procurer la version su\u00e9doise et m\u2019\u00e9chinai \u00e0 temps perdu \u2013 en autodidacte, comme toujours \u2013 \u00e0 apprendre suffisamment de su\u00e9dois pour v\u00e9rifier les points qui m\u2019intriguaient, les faiblesses que j\u2019avais relev\u00e9es dans le texte, les endroits o\u00f9 la logique interne du roman flanchait. Premi\u00e8re surprise, le sous-titre, \u00ab Roman du XXIe si\u00e8cle \u00bb, avait disparu de la version fran\u00e7aise, de m\u00eame que l\u2019exergue en anglais tir\u00e9e de <em>The Waste Land<\/em> de <strong>Thomas Eliot<\/strong>. Deuxi\u00e8me surprise : contrairement \u00e0 ceux de la VF, les chapitres de la VO n\u2019\u00e9taient pas num\u00e9rot\u00e9s. Troisi\u00e8me surprise : le texte lui-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 charcut\u00e9, deux chapitres regroup\u00e9s pour n\u2019en faire plus qu\u2019un, des paragraphes supprim\u00e9s (jusqu\u2019\u00e0 une demi-page, parfois), des mots essentiels \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019histoire oubli\u00e9s. Qu\u2019on me comprenne bien : il ne s\u2019agit pas pour moi de mettre en cause les deux traductrices \u2013 <strong>Marguerite Gay <\/strong>et <strong>Gert de Mautort<\/strong> \u2013 dont j\u2019ai pu appr\u00e9cier par ailleurs la qualit\u00e9 du travail, notamment dans la traduction des \u0153uvres majeures de <strong>P\u00e4r Lagerkvist<\/strong>. Mais on sait parfaitement d\u00e9sormais que les pratiques \u00e9ditoriales d\u2019apr\u00e8s-guerre et des ann\u00e9es 50 ne s\u2019embarrassaient pas de subtilit\u00e9s d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019adapter un texte aux contraintes mat\u00e9rielles ou au go\u00fbt suppos\u00e9 du public.<br \/>\nLes ann\u00e9es pass\u00e8rent sans que s\u2019efface dans un coin de ma t\u00eate l\u2019id\u00e9e qu\u2019un jour il faudrait faire quelque chose pour Karin. L\u2019\u00e9dition Ombres de 1988 s\u2019\u00e9puisa progressivement. <em>Kalloca\u00efne <\/em>redevint introuvable, m\u00eame en occasion. Derni\u00e8re \u00e9tape d\u2019une carri\u00e8re professionnelle mouvement\u00e9e, j\u2019\u00e9tais au cours de cette p\u00e9riode devenu traducteur litt\u00e9raire, et il n\u2019est pas \u00e0 exclure que ce choix de m\u00e9tier ait particip\u00e9 de mon \u00ab dessein secret \u00bb. R\u00e9guli\u00e8rement, quand l\u2019envie m\u2019en prenait et que mes occupations m\u2019en laissaient le temps, je ressortais <em>Kalloaine <\/em>\u00ab in the text \u00bb et mes m\u00e9thodes et dicos pour en percer les myst\u00e8res. Il \u00e9tait plus facile d\u00e9sormais d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 des informations sur son auteur, et ce que j\u2019apprenais de <strong>Karin Boye<\/strong> me la rendait plus ch\u00e8re encore.<br \/>\nVint l\u2019ann\u00e9e 2012 qui marquait l\u2019entr\u00e9e de son \u0153uvre dans le domaine public (d\u00e9c\u00e8s en 1941). Par le biais d\u2019un moyen moderne de communication (Facebook, pour ne pas le citer), je renouai malgr\u00e9 l\u2019\u00e9loignement et le temps pass\u00e9 avec certains de mes comparses d\u2019autrefois. Quoi de mieux qu\u2019un r\u00e9seau social pour faire \u00e9talage de ses lubies ? Kalloca\u00efne restait l\u2019une d\u2019elles pour moi. En r\u00e9ponse \u00e0 un post o\u00f9 j\u2019expliquais qu\u2019un \u00e9diteur d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019honorerait de remettre \u00e0 disposition du public fran\u00e7ais ce texte essentiel \u2013 l\u2019app\u00e2t n\u2019\u00e9tait pas innocent, je l\u2019avoue volontiers \u2013, <strong>Andr\u00e9-Fran\u00e7ois Ruaud<\/strong>, le boss des Moutons \u00e9lectriques, releva le gant avec autant de courage que d\u2019enthousiasme. Le reste, jusqu\u2019\u00e0 ce 7 janvier 2016 o\u00f9 <em>Kalloca\u00efne<\/em>, roman du XXIe si\u00e8cle a fait son apparition en librairie dans une traduction nouvelle et int\u00e9grale due \u00e0 m\u00e9zigue, est affaire de cuisine interne, de convictions, d\u2019inconscience et de pas mal d\u2019efforts.<br \/>\nPourquoi retraduire <em>Kalloca\u00efne <\/em>? Si tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de n\u2019est pas de nature \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette question, sans doute vaut-il mieux y renoncer. Je ne sortirai pas, comme on a trop tendance \u00e0 le faire quand il s\u2019agit d\u2019exhumer de telles \u0153uvres, l\u2019argument suppos\u00e9 imparable de la \u00ab modernit\u00e9 \u00bb de ce texte. Si l\u2019on trouve dans Kalloca\u00efne nombre d\u2019\u00e9chos \u00e0 des pr\u00e9occupations qui restent plus que jamais d\u2019actualit\u00e9 pour nous, c\u2019est parce que ce roman touche \u00e0 des sujets essentiels et intemporels pour les humains forc\u00e9s de vivre en soci\u00e9t\u00e9 que nous sommes. Ce dont l\u2019\u0153uvre ultime de <strong>Karin Boye<\/strong> a besoin \u00e0 pr\u00e9sent, ce n\u2019est pas d\u2019ex\u00e9g\u00e8se mais de nouvelles lectrices et de nouveaux lecteurs.<br \/>\nEn d\u00e9finitive, la gen\u00e8se de ce projet se r\u00e9sume \u00e0 peu de choses. Pourquoi retraduire <em>Kalloca\u00efne <\/em>? Pour donner \u00e0 ce roman cruel et proph\u00e9tique la chance d\u2019\u00eatre lu au XXIe si\u00e8cle comme l\u2019un des jalons essentiels de la dystopie, injustement m\u00e9connu, qu\u2019il demeure. Et pourquoi le lire ? Pour la bonne et simple raison que c\u2019est un putain de chef-d\u2019\u0153uvre, le genre de livre qui vous happe, qui subtilement vous change, et qui ne vous l\u00e2che plus.<\/p>\n<p><strong>Leo Dhayer<\/strong> (avec la complicit\u00e9 et les souvenirs de <strong>Lionel \u00c9vrard<\/strong>).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.moutons-electriques.fr\/livre-357\">Kalloca\u00efne <\/a>sur le site de son \u00e9diteur, les Moutons \u00e9lectriques.<\/p>\n<p><em>Dans Gen\u00e8se, un \u00e9crivain revient sur la cr\u00e9ation de son dernier livre. Auteurs, \u00e9diteurs, pour participer, vous pouvez me contacter: laurent@laurentqueyssi.fr<br \/>\n<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Kalloca\u00efne est un roman de la su\u00e9doise Karin Boye publi\u00e9 en 1940. Ce classique de la dystopie b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une nouvelle traduction bien plus fid\u00e8le que la pr\u00e9c\u00e9dente de 1947 et devient enfin accessible dans une version digne de son statut. 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