• Genèse: Semences de Jean-Marc Ligny

    by  • 29 September 2015 • Genèse • 0 Comments

    Jean-Marc Ligny détaille la création d’un monde post-apocalyptique pour son nouveau roman, Semences, qui vient à peine de paraître. Une genèse qui résonne malheureusement fort avec les temps troublés que nous vivons.

    Jean-Marc Ligny:

    Quand Exodes est paru, j’ai lu et entendu plusieurs critiques disant à quel point ce roman était noir et pessimiste : je faisais mourir (presque) tous mes personnages, l’humanité courait à sa perte, il n’y avait plus d’espoir, etc. Bien que certains aiment ce genre d’ambiance post-apo bien glauque et violente, et bien que j’aie reçu le prix Utopiales pour Exodes, je me suis dit que je ne pouvais pas en rester là, que les êtres humains sont plus résistants que les cafards, et que si Exodes décrivait la fin de la civilisation, ce n’était pas pour autant la fin de l’humanité. Qu’il y aurait forcément un après. Des survivants. Un nouveau départ, d’une façon ou d’une autre, sur une Terre radicalement transformée par le changement climatique.
    Et peu à peu s’est imposée à moi l’idée que mon diptyque sur le climat allait devenir un triptyque. Qu’Aqua™ se déroulant avant l’Apocalypse et Exodes pendant, il fallait une histoire qui se passe après l’Apocalypse. Bien après.
    J’ai relu Homo disparitus d’Alan Wiesmann, j’ai commencé à prendre des notes, à imaginer ce que pourrait être l’humanité d’ici trois siècles, sachant ce qu’il en était du bouleversement climatique en cours et de son emballement fort probable. Le climat allait être profondément modifié, les grandes zones climatiques actuelles – équateur, tropiques, zones tempérées, etc – seraient bouleversées, la banquise allait fondre, le niveau des océans allait monter et leur circulation changerait, 95% de la flore et de la faune allait disparaître, etc. Comment ce qui resterait de l’humanité allait survivre dans ces conditions ?
    J’ai imaginé une forme de retour à une situation préhistorique, avec la générosité de la nature en moins, les contraintes climatiques en plus et le poids d’une énorme et diffuse culpabilité pesant sur les humains. Un culte absolu – voire intégriste parfois – rendu à Mère-Nature en tant que déesse, et une crainte superstitieuse des vestiges – a priori incompréhensibles – des Âges Sombres. De ceux-ci – globalement les 20e et 21e siècles – les humains n’ont qu’une mémoire légendaire, vu que l’essentiel de la mémoire du 21e siècle est sous forme numérique. Sans la technologie ni l’électricité pour la lire, celle-ci est perdue… Ne reste que des légendes orales, et peut-être quelques bouts de livres décrépits, rongés par les mites, les vers et les rats. À condition que l’on sache encore lire, ce qui n’est pas gagné…
    Bref, une grosse régression. Mais il fallait malgré tout de l’espoir, une forme d’optimisme, une reconstruction basée sur les échanges, le partage de connaissances, et une vision un peu moins manichéenne et déificatrice de « Mère-Nature ». Bref, des personnages ouverts, des explorateurs, des pionniers.
    Il y avait aussi le fait que l’humanité n’est plus la race dominante sur la planète. La case supérieure de l’évolution est désormais occupée par les fourmis, qui ont évolué. Certaines vivent en symbiose avec les humains, mais pas toutes. Elles ont leurs propres desseins, bien évidemment.
    J’ai rédigé un synopsis, l’ai peaufiné avec l’aide de Sylvie Lainé, experte en relations humaines dans ses nouvelles. L’étape décisive suivante a été un mini-séminaire qui s’est déroulé au LSCE (Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, une antenne du CNRS) sous la houlette de Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue (spécialiste de l’histoire des climats, donc) et membre du GIEC. Ce séminaire édifiant m’a fait réviser une grosse partie du contexte et réécrire tout mon prologue. Sylvie m’a également fait rectifier le tir sur une mauvaise direction que j’avais prise dès le départ. Et voilà, Semences était sur les rails…
    Et ce n’est peut-être pas fini. D’aucuns réclament une suite. Il se peut bien qu’il y en ait une.

    Semences, sur le site de son éditeur.

    Dans Genèse, un écrivain revient sur la création de son dernier livre. Auteurs, éditeurs, pour participer, vous pouvez me contacter: laurent@laurentqueyssi.fr

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