• Genèse: L’Origine des Victoires d’Ugo Bellagamba

    by  • 11 November 2015 • Genèse • 1 Comment

    Si je suis proche d’Ugo Bellagamba, ce n’est pas simplement parce que nous avons commencé à publier à peu près en même temps et que les circonstances nous ont emmenés à nous croiser souvent. C’est parce qu’il est un infatigable ami, aussi talentueux que travailleur, et qu’il sait toujours ce qu’il doit aux autres (il y a bien d’autres raisons, mais elles ne vous regardent pas). Son nouveau roman n’est pas vraiment un nouveau roman, mais si, en fait. Bref, il vous explique ça bien mieux que je pourrais le faire.

    Ugo Bellagamba:

    Alors, au fond, il n’y a pas une, mais deux genèse(s) pour L’origine des Victoires. La première est régionaliste, la seconde est fonctionnaliste. Comment ça, ce n’est pas clair ? Je m’explique. L’Origine des Victoires vient, tout d’abord, du succès d’un livre précédent qui s’intitulait La huitième colline de Rome, et qui était le fruit d’une collaboration étroite, oserai-je écrire fructueuse, avec l’équipe d’archéologues et de chercheurs qui s’occupe de l’étude du site romain antique de Nice-Cemenelum, à Nice, l’ancienne capitale de la province romaine des Alpes-Maritimae, au 3ème siècle après JC. Ce roman, La huitième colline de Rome, s’est très bien vendu et, à sa suite, Frédéric Boyer, le directeur des éditions Mémoires Millénaires, m’a donné carte blanche pour une autre fiction qui saurait marier régionalisme et science-fiction. Immédiatement, l’idée des Victoires, ces femmes-combattantes, ces héroïnes-protectrices, luttant au fil du temps contre un être d’outre-Terre se nourrissant des malheurs de l’humanité et les accentuant, s’est imposée à moi. D’une part, les allégories m’ont toujours fasciné et, qu’elles soient sur les monuments ou sur la page, elles aident à comprendre l’Histoire. D’autre part, je rêvais d’embrasser le temps long, de la préhistoire au futur, et d’écrire les chroniques secrètes d’un combat épique dont les origines se perdraient dans la nuit des temps. Le choix des périodes et des lieux se fit assez naturellement, avec l’accord de l’éditeur. Je considère qu’il s’agit là d’un de mes meilleurs textes écrits sous contrainte elevée. Malheureusement, l’Origine des Victoires n’a pas vraiment rencontré le public auquel il était destiné, en dépit de bonnes critiques. Sans doute était-il trop “SF” pour les lecteurs habitués aux romans régionalistes, et bien trop “régional” pour les lecteurs férus d’horizons lointains. Résultat de cet échec, sinon intellectuel du moins commercial : ma fiction fut en berne pour presque deux années complètes. Et, voici que survient la seconde genèse, fonctionnaliste, et je pèse mes mots. Le fonctionnalisme me renvoie à l’anthropologie juridique de Malinowski, qui insistait sur la fonction du droit, plutôt que sur sa forme ou sa sanction. Et, c’est d’abord et avant tout un ami qui remplit admirablement sa fonction : Jean-Jacques Régnier fut l’un des seuls, à l’exception notable de Joseph Altairac, Jeanne-A Debats, et Claude Ecken, à m’appeler pour me dire à quel point le roman initial lui avait plu et à quel point il était regrettable qu’il n’ait pas été publié dans une collection de science-fiction, car, substantiellement, et bien qu’il soit situé dans une série de lieux réels et rassemblés dans une seule et même région, il s’agissait d’un roman spéculatif, qui interrogeait le rôle de la culture historique dans l’Imaginaire collectif. C’est donc Jean-Jacques Régnier avant tout que je me dois ici de remercier de façon très chaleureuse, lui qui fut si insistant qu’il me donna envie d’y croire et d’offrir une deuxième vie au roman. Les éditions ActuSF, en la personne de leur directeur Jérôme Vincent, se déclarèrent intéressées par une reprise en poche chez Hélios (Indés de l’Imaginaire). Dès lors, la machine à écrire, au sens littéral comme au figuré, se remit en marche et, pour l’auteur que j’étais, s’opéra une forme de métempsycose. Je redécouvrai la fonction même de l’écriture de fiction à laquelle j’avais toujours cru : partager des connaissances, pousser les lecteurs à reconsidérer leur regard sur le monde réel, et, par ricochet, repousser les limites traditionnelles du champ science-fictif en lui-même, comme je l’avais fait, ou tenté de le faire, par exemple, avec Tancrède. D’emblée, outre les relectures et les petits ajustements stylistiques (qui, à dire vrai, furent assez nombreux), l’idée d’un tout nouveau chapitre remplaçant la “coda” hâtive de la première édition s’imposa. Ce nouveau chapitre, avec une nouvelle victoire à la manoeuvre, devait, naturellement, se situer dans le futur. Un futur très lointain, comme seule la science-fiction sait les décrire et les rendre sensibles. J’ai, dès lors, beaucoup travaillé sur le personnage de Coppélia, et l’intelligence artificielle qui l’assiste, et les défis qu’elle devait affronter à bord de La Main Négative, vaisseau-arche en route vers l’infini. L’écriture de ce nouveau chapitre (le huitième dans l’ordre chronologique, mais le septième dans l’ordre de composition de l’édition Hélios) occupa une grande partie de mon printemps 2015. Coppélia m’accompagna aux Imaginales d’Epinal où j’écrivis frénétiquement durant un certain nombre de tables-rondes. Dans un état second (celui dans lequel je livre généralement mes textes les plus significatifs), j’ai repris, corrigé et complété l’Origine des Victoires, de telle manière que cette version 2.0 me permette de “rentrer à la maison” la tête haute. Mission accomplie, je crois. Je rends grâce, donc, à Frédéric Boyer pour le premier jour, à Jean-Jacques Régnier pour le deuxième jour, à Jérôme Vincent pour le troisième jour, à Eric Holstein pour le quatrième jour et pour sa formidable maquette de couverture, à Marie et à Jean-Laurent pour le cinquième jour de relectures critiques, aux Utopiales pour le sixième jour et les premières ventes de l’édition Hélios. Et le septième jour, ma foi, nous y sommes, et il n’y pas encore eu de repos, tout au contraire : je maintiens un rythme d’écriture intensif et je revendique, haut et clair, mes droits sur une nouvelle région de mon Imaginaire, dont la fonction exclusive est de faire rêver et réfléchir mes lecteurs. Dans la Bible, le livre qui suit immédiatement la Genèse, c’est l’Exode. Dans mon cas, c’est l’inverse. Bref, me revoilà, les amis.

    L’Origine des victoires sur le site de son éditeur, ActuSF.

    Dans Genèse, un écrivain revient sur la création de son dernier livre. Auteurs, éditeurs, pour participer, vous pouvez me contacter: laurent@laurentqueyssi.fr

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