• On rêve au rabais.

    by  • 18 April 2018 • Non classé • 0 Comments

    Il y a ce texte de Mitski à propos de l’avant-dernier album de Weezer qui parle de la pop et de la jeunesse, de la façon dont on recycle sans doute trop longtemps ses obsessions d’adolescents et de jeune adulte. La nana ne se contente pas d’écrire des mélodies à faire pleurer, elle sait aussi écrire.

    Et il y a cette surprise devant des spectateurs/consommateurs qui semblent attendre le prochain film Avengers comme s’ils allaient réellement passer un bon moment, comme si on se contentait désormais de si peu que les fantasmes en quadrichromie des gamins des sixties transposés au cinéma, et moins bien écrits que les originaux, suffisaient. Et je me dis que la vengeance des nerds, ce discours sur les geeks qui dominent le monde, n’a vraiment rien de réjouissant. Alors, certes, on humilie un peu les anciens jocks, ces sportifs qui baisaient des idiotes pendant qu’on lisait de la SF et des bédés (ou que certains jouaient aux jeux de rôles, mais moi je ne mange pas de ce pain-là), en les obligeant à se déguiser en super-héros à la con pour payer leurs villas à Bel-Air et leurs divorces. On leur demande de singer les aventures auxquelles nous jouions avec nos personnages de Guerres Secrètes dans nos chambres d’enfants. Les pauvres. Les figurines sont grandeur nature, stéroidées, mais n’ont pas davantage d’expression. Les récits qu’on leur concocte n’ont même pas le flamboiement azimuté des cross-overs improvisés avec la bagnole de Starsky et Hutch ou ce Big Jim qui traînait là. On rêve au rabais, en numérique.
    Et tout ça pour quoi, au final ? Pour offrir aux masses ahuries nos rêves édulcorés avec trente ans de retard. Pour vendre un peu plus de boîtes à goûter. Les nerds sont devenus les maîtres du monde, ok. Mais il suffit de regarder Zuckerberg devant la commission de je ne sais pas quoi, dans ses petits souliers, faire semblant d’être sage avant de retourner jouer au savant fou dans son laboratoire secret sous une montagne quelconque.
    Les geeks ont gagné, ouais. Mais ils sont devenus exactement comme on les dépeignait dans les comics. Dans Superman, Clark Kent n’est pas un vrai nerd, il fait semblant.
    Les geeks ont gagné, ouais, mais ils sont devenus Lex Luthor.

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